13 reasons why et le suicide, une réflexion

Parler de suicide, d’intimidation et de viol à la sauce Netflix, ça donne quoi ? Est-ce que c’est vraiment utile à des adolescents ?

13 reasons why raconte l’histoire d’une adolescente qui se suicide et de tout ce qui gravite autour. De l’intimidation et des viols, à toutes les autres horreurs auxquelles des adolescents peuvent être exposés. Très intense, la série a soulevé la question suivante : où s’arrête la conscientisation et où commence la nuisance ? 

Le plaisir de l’un c’est de voir l’autre se casser le cou

L’émission tourne autour de jeunes très cool. Des filles hyper tatouées à un âge improbable, des histoires de cassettes pour faire rétro, des prises de vue intéressantes… C’est Netflix.

Et pour une raison qui me dépasse un peu, les grands drames plaisent toujours beaucoup. Les meurtres sordides basés sur des histoires vraies, les détails d’une maladie incurable, les ruptures. Pour certaines personnes, c’est nourrissant le malheur des autres. Cette émission ne fait pas exception et c’est évidemment très divertissant pour la majeure partie de son auditoire qui n’en peut plus d’attendre la prochaine cassette.

Jusque-là, pas de problème. C’est l’essence même du divertissement.

Le problème de 13 reasons why

Le problème tient plutôt dans le fait que quiconque essaie de sous-entendre que c’est un outil de prévention du suicide. D’abord, parce que l’angle abordé dans cette émission est la vengeance et la culpabilité. La vengeance vient à l’esprit dans certains cas de suicides, mais en règle générale, on essaie de s’occuper des survivants, pas de les mener aussi au suicide.

Aussi, dans la réalité, c’est dur de vivre avec une mort qui aurait pu être évitée.  Inculquer de la culpabilité supplémentaire avec un cas fictif est donc au mieux inutile, au pire nuisible.

Hannah qui continue de se venger longtemps après sa mort conscientisera-t-elle des bullies qui écouteront l’émission ? J’en doute. Ils diront qu’elle est faible. L’expression « Suicide-toi » est déjà courante sur Internet. D’ailleurs, le suicide était déjà, à mon avis, bien assez banalisé.

Je concède que l’histoire d’Hannah aidera probablement des gens à comprendre l’impact du viol sur le reste d’une vie. Mais elle ne réussira pas à soulager ceux qui ont vécu des suicides de près ou de loin. Et elle n’empêchera définitivement personne de commettre ce geste.

Les capacités de compréhension des adolescents

Les spécialistes du suicide chez les jeunes s’entendent pour dire que l’émission a un impact négatif. C’est qu’un suicide est sournois. C’est difficile à prévenir. Et planter cette option dans la tête des jeunes n’est pas l’idée du siècle.

En plus, peu d’adolescents suicidaires comprennent l’aspect permanent de la chose. Ils s’imaginent à leurs propres funérailles. Ils imaginent leur ex en train de souffrir. De voir Hannah vengée n’aide en rien, c’est certain.

Ne pas s’enfiler la série d’une traite

N’allez pas croire pour autant que les adolescents doivent être mis dans une bulle de ouate ou qu’ils sont incapables de discernement. Ce n’est pas le cas. Les adolescents sont capables d’en prendre et ont besoin d’émotions fortes. Par contre, ils sont influençables et impressionnables.

S’ils veulent écouter 13 reasons why, je vous propose donc d’en parler avec eux par la suite. Vous pouvez aussi leur suggérer d’alterner avec une émission plus optimiste. Dans tous les cas, je propose d’éviter le binge-watching.

 

L’art de la subtilité

Le sujet du suicide a aussi été abordé dans les jeux vidéo récents avec beaucoup plus de subtilité et de finesse. Dans Life is strange, par exemple, il faut sauver Kate Marsh. Cette adolescente qui a grandi au sein d’une famille très religieuse est humiliée par des histoires de fête, de réseaux sociaux et de GHB. On comprend bien la pression à laquelle elle fait face et ce qu’il faut faire pour l’empêcher de passer à l’acte.

 

 

 

Plus récemment, Persona 5 aborde aussi le suicide. Et sans souhaiter la mort de qui que ce soit, le personnage qu’on y incarne travaille à changer le comportement de ceux qui font du mal autour d’eux. (Je reviendrai d’ailleurs sur Persona 5 très bientôt).

 

 

Ce sont, à mon avis, deux excellentes alternatives à 13 reasons why.

Pour terminer, si vos enfants vous inquiètent et que la communication est difficile à établir, n’hésitez pas à appeler une ligne d’aide. Les gens qui y travaillent sont formés pour vous aider.

 

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