Cyberdépendance : les jeunes abusent-ils des jeux vidéo?

J’ai entendu récemment que des parents dénonçaient le fait que leurs enfants étaient prisonniers des jeux vidéo. Je me suis dit que c’est vraiment une mission pour Techno maman. Voici donc ce que j’en pense.

Dans un article paru dans le journal La Presse intitulé Mon fils est prisonnier d’un jeu vidéo, une mère a lancé un appel à l’aide. Elle y explique que son fils de 14 ans joue sans cesse à des jeux vidéo. Il ne mange plus à table, ne fait plus les mêmes activités qu’avant et ne sort plus de sa chambre.

Plus récemment, le documentaire Bye d’Alexandre Taillefer au sujet du suicide de son fils pointe également du doigt la cyberdépendance.

En tant que Techno Maman, ce genre d’histoire m’interpelle toujours.  J’ai donc cru bon de vous glisser un mot sur les enfants et la dépendance aux jeux vidéo.

*Pour m’assurer de ne pas vous dire de sottises, j’ai aussi appelé l’Arc-en-ciel, un organisme dédié à la prévention des dépendances.

Existe-t-il une tendance aux dépendances ?

En appelant l’Arc-en-ciel, je me suis d’abord demandé s’il y avait une personnalité type qui avait une tendance aux dépendances. Est-ce qu’un enfant qui abuse des jeux vidéo aura aussi tendance à développer des problèmes de drogue et de gambling plus tard? Si c’était le cas, je pourrais difficilement défendre ce passe-temps auprès des jeunes.

Selon monsieur Fortier, il n’y a pas de profil de personnes dépendantes. Toutes les dépendances ont en commun de combler un manque, mais il n’y a pas de gène de la dépendance. Il croit plutôt, pour avoir aussi travaillé dans la rue avec des toxicomanes, que les dépendances sont temporaires. Elles peuvent repartir comme elles sont venues et dépendent d’un contexte bien précis.

 

Diversifier les activités

Par ailleurs, ce qui ressort le plus de ma conversation avec Frederick Fortier, de l’organisme l’Arc-en-ciel, c’est qu’il faut trouver un équilibre avec la technologie. Quand même les repas à table sont compromis, il faut se poser des questions et prendre action. Quand les jeunes n’ont plus envie de voir la famille de peur de rater une partie, c’est aux parents de reprendre les rennes avec diplomatie.

Évidemment, dans le cas des MMO, comme l’expliquait Sophie Thériault à la Première Chaîne, c’est difficile voire impoli d’abandonner ses coéquipiers au beau milieu d’une partie. Mais les jeunes doivent aussi apprendre à gérer leur temps. C’est d’ailleurs un apprentissage qui sera utile plus tard. S’ils savent qu’une mission dure une heure, c’est à eux de ne pas s’embarquer dans un raid vingt minutes avant de manger. Et c’est à vous de leur en glisser un mot.

Pour un parent de gamer, l’idéal est également de s’assurer que son enfant diversifie ses activités. On veut qu’il continue d’avoir des activités physiques et des passe-temps qui développent la créativité. C’est la seule façon de l’ancrer dans le monde réel et de le faire réfléchir à ses besoins physiologiques. Avant l’âge adulte, c’est primordial de l’aider à le faire.

L’école, la priorité numéro 1

Il ne faut pas non plus que les jeux interfèrent avec l’école. Si vos adolescents vous disent qu’ils pourront en faire une carrière plus tard, ils ont raison, mais pas comme ils le pensent.

Rappelez-leur que les testeurs de jeu doivent recommencer la même portion d’un jeu mille fois pour trouver des bogues. Ils doivent aussi tester des jeux de pouliches à l’occasion.

S’ils veulent devenir développeurs et créateurs de jeux vidéo, ils devront apprendre à programmer, à dessiner ou à écrire des scénarios. Dans tous ces cas, ils devront trimer loin de leur console et avoir de bonnes notes à l’école, notamment en mathématiques. C’est une autre excellente raison de mieux gérer les heures de jeu.

Mais quelle est la meilleure stratégie pour aider nos enfants à trouver la modération? Limiter le temps de jeu?

Doit-on oui ou non limiter le temps de jeu ?

Chez nous, les enfants jouent tant qu’ils veulent. Après un temps, ils en ont assez et passent à autre chose. J’ai donc l’impression que la liberté fonctionne. Cette impression est renforcée par les amis de mes enfants qui ont de la difficulté à arrêter de jouer quand on le leur demande.  C’est surtout vrai de ceux dont les parents ont un préjugé envers les consoles.

J’ai donc tendance à penser que d’interdire les jeux ou d’en chronométrer la durée n’est pas la solution.

D’abord, un enfant qui se sent chronométré prendra l’habitude de jouer plus intensément. Il verra ses parties comme une rareté parce s’il sait qu’il a peu de temps. Ces heures deviendront alors beaucoup plus précieuses qu’elles ne devraient l’être.

En plus, si l’enfant en a assez, qu’il a mal aux yeux ou qu’il a d’autres besoins, il risque de continuer à jouer pour ne pas perdre de temps. Au final, il jouera davantage sans même y prendre plaisir pour profiter du seul temps qu’il a.

Oui, mais 60 heures de jeu, Techno Maman, c’est trop!

Bien sûr que soixante heures de jeu par semaine, c’est trop! De toute façon, comment est-ce possible? Pour mieux le comprendre, regardons les chiffres.

  • Dans une semaine, il y a 168 heures
  • De ces 168 heures, 24 heures sont passées en classe
  • Ajoutons à cela un strict minimum de 5 heures de devoirs
  • Environ 5 heures par semaine de transport
  • Un adolescent a besoin d’environ 9 heures de sommeil par jour (63 heures de sommeil par semaine)
  • Il mange environ 11 heures par semaine (quand il mâche un peu)
  • On recommande une heure d’activité physique par jour (7 heures de sport par semaine)
  • Même un adolescent doit se laver au moins 2 heures par semaine
  • Il reste 50 heures pour tout le reste.

C’est donc 50 heures pour magasiner, voir des amis, passer du temps avec vous, lire, pratiquer le piano ou la guitare, jouer, relaxer, aller au musée, rater une recette de biscuits, aller au parc, alouette.

Un enfant n’a pas soixante heures par semaine pour jouer à des jeux vidéo. Si c’est le cas, vous devez impérativement revoir son calendrier et ses priorités. Au risque de passer pour une véritable donneuse de leçons, j’ajouterai que c’est votre job de parent, pas celui de l’industrie du jeu vidéo.

Faire son travail de parent

À mon avis, il est également essentiel d’enseigner aux enfants que quand c’est trop, c’est trop. Les yeux piquent ? Il est temps de prendre une pause. Envie d’une collation ? Profitons-en pour changer d’air.

Au total, même si vous leur offrez un environnement libre, le temps de jeu des enfants comme des adultes ne devrait jamais dépasser deux heures. Qu’on le veuille ou non, le fait de rester 12 heures devant un écran à appuyer sur X finit par avoir un impact sur la circulation sanguine et le reste du corps. D’ailleurs, si c’est un sujet qui vous intéresse et que vous comprenez l’anglais, je vous propose de lire Death by Video Game: Tales of Obsession from the Virtual Frontline.

Il est également impératif de vous informer un peu au sujet des jeux. Certains jeux sont de véritables oeuvres d’art à mission éducative. D’autres sont des jeux violents absolument débiles qui abrutiront vos enfants. Si votre façon de choisir un jeu vidéo se limite à sa présence dans un bac à 5$ dans un magasin à grande surface, disons que vous aimez vivre dangereusement.

Pour faire des choix éclairés, n’hésitez pas à consulter mes suggestions. Je les classe par âge dans un dossier que vous trouverez ici.

Pour les plus jeunes

Finalement, avant deux ans, les enfants ne devraient pas jouer du tout. J’avais déjà parlé ici de l’effet des écrans sur les bébés.

Un peu plus tard, les jeux vidéo pourront les aider à développer une multitude de choses, des mathématiques aux réflexes. N’hésitez pas à apprivoiser ces jeux avec eux.

Toutefois, si votre jeune enfant est amorphe, a souvent mal à la tête ou aux yeux ou est plus turbulent que d’habitude, demandez-vous aussi s’il passe trop de temps devant les écrans. Pour le vérifier, n’ayez pas peur de bannir complètement l’accès aux écrans pendant deux ou trois jours.

Le jeu vidéo n’est pas différent des autres passe-temps, si ce n’est qu’il est plus interactif. Il faut l’apprivoiser, on doit le gérer différemment à chaque âge et il faut s’en servir de manière raisonnable.

Si votre enfant continue de vous inquiéter, n’hésitez pas à communiquer avec un centre d’intervention en dépendance. Ils sauront vous guider avec plus de précision.

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